Fais pas ta sotte

«Fais pas ta sotte! »

Et voila une nouvelle situation d’enfant et une nouvelle phrase d’adulte qui sort toute seule, tellement vite, sans avoir pris le temps de réfléchir, ni de ralentir.

Quel effet cette phrase a-t- elle sur le cerveau en construction d’un enfant et sur son rapport au monde et aux autres humains ?

Ce mois-ci je m’attarde sur une petite fille espiègle, joyeuse, légère, détendue, peu réfléchie, qui saute, qui court partout, qui parle un peu fort, qui rit à grands éclats… bref qui visiblement est heureuse de vivre dans un monde assez insouciant. Pourquoi rit-elle ?

C’est justement ça une partie du problème des adultes : peut-être pour rien de bien remarquable, pour rien de bien particulier, peut-être même pour rien de bien drôle… en tout cas, c’est certain, pour rien qui, aux yeux des adultes, pourrait justifier cette attitude aussi exubérante, extravertie et légère.

Qu’importe ! Dans le cerveau de cette petite fille, ses dizaines de milliards de neurones sont reliés entre eux par deux neurotransmetteurs précieux : la dopamine et la sérotonine. Ca peut être parce qu’elle pense à un prochain anniversaire, ou alors à la promesse d’un bon goûter, ou alors au souvenir d’un bon moment avec un ami important… Elle les fabrique toute seule ces deux neurotransmetteurs, elle est joyeuse, elle est contente d’elle… Son rapport au monde est léger, ouvert, c’est celui d’une enfant qui se sent en sécurité dans le monde des adultes.

Et j’ouvre juste une parenthèse, nous avons, nous les adultes cette même capacité à produire de la dopamine et de la sérotonine, ce n’est pas réservé à la petite fille de mon histoire. Pensez à un lieu agréable pour vous, allez vous y installer dans votre imagination…

allez-y en vrai, fermez les yeux ! Ca y est ? Et voila, en quelques secondes, si vous sentez que vos épaules se détendent, que vos mâchoires se décrispent… ce sont des signes que vous venez de produire de la dopamine.

Pour la sérotonine, pensez à quelque chose qui vous rend fier ou fière de vous ? Ca y est ? vous y êtes ? Vous respirez plus largement, vous souriez… Bienvenue à la sérotonine qui inonde votre cerveau ! Alors, c’est vrai que vous n’allez pas pour autant sauter sur les fauteuils ou rire à grands éclats, ou courir partout… évidemment votre cerveau a intégré les codes du monde des adultes.

Et bien sur que vous allez les apprendre à cette petite fille. Comme elle ne sait pas faire, avec son cerveau non fini, elle a simplement besoin de repères, de savoir ce qui se fait et ce qui ne se fait…

Donc reprenons le déroulement de notre film, avec le son … En fait, cette petite fille, elle vous énerve peut-être, elle fait du bruit, elle ne tient pas en place, elle agit comme une enfant… Et cette phrase qui fuse de votre bouche d’adulte : « Fais pas ta sotte ! »

Alors là oui, l’effet est immédiat ! Aussi immédiat que si vous l’arrosiez d’une douche froide. En fait, je n’ai jamais reçu de douche froide par surprise, mais j’imagine un peu ce que ça doit faire ! Tout s’arrête !

Dans le cerveau d’une petite fille joyeuse et insouciante, que se passe-t- il lorsqu’elle entend cette injonction « Fais pas ta sotte ! ».

D’abord arrêtons nous sur les deux premiers mots « Fais pas… ». En fait son cerveau, comme le mien et le votre ne sait pas comment agir lorsqu’on lui donne un ordre négatif… ne fais pas, ne dis pas, ne crie pas… Le cerveau sait comment agir, mais il ne sait pas comment ne pas agir… et donc en entendant « ne fais pas », il produit de l’adrénaline qui est le neurotransmetteur de la peur, et il stoppe toute action. C’est la peur qui tétanise le corps, ce n’est pas une obéissance à une injonction.

Un ordre plus concret serait de dire « Va jouer, crier, sauter … plus loin de moi, je n’en peux plus t’entendre tous ces bruits ». Ensuite, poursuivons avec le possessif « ta » sotte. Cette petite fille ne sait pas ce qui se fait ou non en société, elle a besoin que vous lui donniez des repères précis sur les gestes, l’intonation, le bruit…, pas que vous la laissiez seule avec son comportement. Ce possessif « ta » risque ainsi de favoriser la production d’adrénaline. Je suis une sotte, c’est devenu comme une identité, on me dit même « ta » sotte, c’est donc à moi, c’est donc moi… Et enfin pour terminer, le mot « sotte » peut avoir tellement de sens différents que pour une petite fille c’est un vrai casse-tête de trouver les indices ou les attributs de la sotte.

Essayez plutôt de décrire les comportements qui ne sont pas appropriés et donnez des ordres clairs et affirmatifs. « Quand tu es joyeuse et légère, regarde si les autres autour de toi sont d’accord pour que tu sois aussi active. », « Ca me va quand tu es excitée, et je veux bien que tu restes dans ta chambre ou dans le jardin, mais pas dans le salon avec les adultes. »

La morale de cette histoire ?

Je ne « fais pas ma sotte », je cherche comment devenir une adulte à partir de mon monde et de mon cerveau d’enfant. J’ai besoin de vos repères, de ce que je peux faire, de ce que je ne peux pas faire. Je n’ai pas besoin de vos jugements et je ne sais pas faire avec vos phrases négatives. Dites moi clairement ce que je peux faire ! Et si on vous a parlé comme cela lorsque vous étiez petit ou petite, alors allez vite consoler cet enfant « étiqueté » et remerciez le d’avoir été si vivant… et de vous avoir permis de devenir l’adulte que vous êtes.

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